Le prix du kérosène a doublé en quelques semaines, atteignant 216 dollars le baril, sous l’effet des tensions au Moyen-Orient. Face à cette flambée, le directeur général de l’Iata, principale association mondiale de compagnies aériennes, a prévenu vendredi 20 mars qu’une hausse des prix des billets d’avion est désormais «inévitable». Le secteur aérien, aux marges structurellement faibles, se retrouve dans une situation qu’il ne peut plus absorber seul.
En bref
- —Le kérosène atteint 216 dollars le baril, contre 88 en début d’année
- —L’Iata juge une hausse des billets d’avion «inévitable»
- —Les voyageurs commencent déjà à raccourcir leurs séjours
Un carburant qui a doublé en quelques semaines
Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, le 28 février 2026, les cours du kérosène ont connu une progression spectaculaire. En début d’année, le baril était estimé à 88 dollars. Il atteint aujourd’hui 216 dollars, soit une hausse de près de 145 % en l’espace de quelques semaines.

Cette envolée dépasse largement celle du pétrole brut, comme l’a souligné Willie Walsh, directeur général de l’Iata. Le kérosène, carburant spécifique au transport aérien, suit ses propres dynamiques de marché et se révèle particulièrement sensible aux chocs géopolitiques affectant les grandes zones de production pétrolière.
Des marges trop faibles pour absorber le choc
Le carburant représente en temps normal environ 26 % des coûts d’exploitation des compagnies aériennes. Or, les marges du secteur sont structurellement limitées, à environ 4 %. Dans ce contexte, la moindre hausse significative du prix du kérosène suffit à menacer l’équilibre financier des opérateurs.

Face à cette réalité comptable, les compagnies n’ont que peu d’alternatives. Elles ont déjà commencé à répercuter la hausse sur les prix des billets, aussi bien sur les long-courriers européens que sur les liaisons vers les États-Unis. La question n’est plus de savoir si les tarifs vont augmenter, mais de combien.
Le kérosène, nerf de guerre du transport aérien
Le carburant est le premier poste de coût variable des compagnies aériennes, représentant en moyenne plus d’un quart de leurs charges d’exploitation. Contrairement à d’autres secteurs, les compagnies disposent de peu de leviers pour se prémunir durablement contre les chocs pétroliers, notamment lorsque ceux-ci surviennent brutalement sous l’effet de crises géopolitiques. L’Iata, qui regroupe la grande majorité des compagnies aériennes mondiales, joue un rôle central dans la coordination et la communication du secteur face à ce type de crise.
Une crise comparable à l’après-11-Septembre, selon l’Iata
Pour autant, Willie Walsh tient à relativiser l’ampleur de la crise. Selon lui, la situation actuelle n’est pas comparable à celle traversée par le secteur pendant la pandémie de Covid-19, qui avait provoqué un effondrement quasi total du trafic mondial.

«Le niveau de la crise actuelle est plus proche de celle observée après le 11-Septembre», a-t-il précisé, en rappelant que cette période avait été suivie d’une reprise progressive. Ce parallèle historique laisse entrevoir une sortie de crise possible, à condition que les tensions géopolitiques se stabilisent et que les cours du carburant reflètent cette accalmie.
Les voyageurs s’adaptent, mais continuent de voyager
Du côté des passagers, les comportements évoluent sans pour autant disparaître. «Les gens voyagent toujours, mais ils partent moins longtemps», résume Willie Walsh. Les voyageurs semblent donc ajuster leurs habitudes en raccourcissant leurs séjours ou en limitant d’autres postes de dépenses, plutôt qu’en renonçant complètement à leurs déplacements.

Cette résilience de la demande constitue un signal encourageant pour le secteur. Elle suggère que la hausse des tarifs, si elle est progressive et maîtrisée, pourrait être absorbée par une clientèle qui reste attachée au voyage aérien, même dans un contexte économique plus contraint.
La flambée du kérosène place le transport aérien dans une situation inédite depuis l’après-11-Septembre. Si les compagnies n’ont d’autre choix que de répercuter la hausse sur les billets, la demande des voyageurs semble résister, même si les comportements s’ajustent. Tout dépendra désormais de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et de sa capacité à peser durablement sur les marchés pétroliers. Une stabilisation des tensions pourrait offrir au secteur la fenêtre de respiration dont il a besoin.